Gestion des angoisses et Minimalisme
Comment le minimalisme pourrait être une piste pour répondre aux angoisses et nous permettre de nous découvrir et nous ouvrir sur le monde ?

L’angoisse l’expression d’un trop plein, ou au contraire le ressenti d’un vide intérieur
Nos sociétés modernes sont très anxiogènes car de plus en plus, nous sommes déconnectés de nos besoins naturels et profonds. Cette philosophie du toujours plus, des résultats avant tout, de la rentabilité, des profits, des dividendes, déphasent notre rythme biologique interne. Cela se transforme en un mal-être assez flou, indéfinissable, qui ne sait pas comment s’exprimer, qui ne dit pas son origine et qui laisse l’individu dans une forme de perplexité dont il a du mal à sortir.
Nos angoisses naissent de ce trop-plein. Trop d’informations, trop de pression, trop d’obligations, de contraintes, de factures à payer. Plus le temps passe, plus nous nous éloignons de notre nature profonde, celle de l’homme connecté à la nature, à sa nature, au Monde, à sa place dans l’Univers.
Alors, le corps ne sait plus comment réagir : il bug. C’est ce qu’on appelle le burn-out. Nous avons fabriqué une société de l’angoisse permanente, à la fois du trop plein de nos vies et paradoxalement d’un vide intérieur toujours plus grand, car nous n’avons plus de réponses concrètes à apporter à nos interrogations profondes quant au sens des choses de la vie, plus de justification à donner face à ce que nous nous infligeons. Au nom de quoi, de qui ? Comment faire pour sortir de cette spirale ?
Des solutions émergent, prônant une autre philosophie de vie, moins dépendante du dictat de la société. Elle prend la forme, notamment, du minimalisme, qui nous propose de nous débarrasser du superflu pour nous concentrer uniquement sur ce dont nous avons véritablement besoin. Cette vision du monde serait-elle une réponse à nos angoisses contemporaines ? C’est ce que nous allons aborder dans cet article.
L’angoisse : l’expression d’un trop plein, ou au contraire le ressenti d’un vide intérieur
Les angoisses sont avant tout l’expression de peurs qui sont difficiles à nommer. D’une certaine manière, tout peut devenir angoissant dans la mesure où l’individu a le sentiment de perdre le contrôle de la situation. Le trop plein émotionnel engendré le place alors dans un sentiment d’impuissance qui peu générer une forme de vide intérieur. Il y a donc un déséquilibre entre l’extérieur et l’intérieur. De ce fait, l’individu peut être amené à compenser ce sentiment de vide en tentant de le remplir par tout ce qu’il peut trouver à sa disposition. Que ce soient des objets ou de l’alimentation, un statut social, des likes sur les réseaux sociaux… Que ce soit par excès ou par manque, nous perdons le contact avec nous-mêmes et avec ce qui est vraiment important pour nous.

L’objet comme doudou
La façon de compenser le vide intérieur est de remplir sa vie d’objets qui vont agir comme autant de doudous. Mais malheureusement, l’individu n’étant pas capable de combler le vide, ou plutôt le manque d’amour de soi et de confiance en la vie, il persistera à accumuler de plus en plus d’objets, car dès qu’un objet ne lui procurera plus suffisamment de plaisir, il devra se fixer sur un nouveau, afin de remplir ce vide sans fond.
Cette tendance à s’accrocher aux objets peut prendre différentes formes :
- L’accumulation compulsive : certaines personnes remplissent leur espace de vie d’objets, comme pour créer une barrière protectrice contre le monde extérieur.
- Le shopping thérapeutique : l’achat de nouveaux objets peut procurer un plaisir momentané et une distraction face à l’angoisse.
- L’attachement sentimental excessif : certains objets deviennent des symboles de souvenirs ou de relations, et nous avons du mal à nous en séparer même s’ils ne nous servent plus.
- La recherche de statut social : les objets de luxe ou à la mode peuvent être utilisés comme une façon de se rassurer sur sa valeur personnelle.
Cependant, cette relation aux objets comme source de réconfort peut devenir problématique. Non seulement elle ne résout pas les causes profondes de l’angoisse, mais elle peut aussi créer de nouveaux problèmes : encombrement, stress financier, dépendance émotionnelle aux possessions matérielles.
C’est là que le minimalisme entre en jeu, proposant une approche radicalement différente de notre relation aux objets et à notre environnement.

Le minimalisme ou l’art d’appréhender le vide
Le minimalisme entre dans une réflexion plus profonde de notre projet de vie. Il est une réponse à ce mode de vie effréné que nous connaissons. Il est une proposition de réponse aux sources d’angoisses qu’elles soient d’ordre mental, financier, environnemental, voir même spirituel dont notre mode de vie à l’occidentale est la cause.
Qu’est-ce que le minimalisme ?
Le minimalisme consiste à se débarrasser de ce qui est superflu dans notre vie, afin d’accéder à d’avantage de clarté mentale. Il vise à diminuer le poids des contraintes sociétales en nous délestant de ce qui ne nous rend pas heureux. Il pose la question du besoin de posséder en nous amenant à réfléchir sur l’intérêt pratique et affectif de nos possessions. Ai-je besoin d’être propriétaire pour être heureux ? Le crédit de la voiture est-il indispensable ? Le poids de mes dettes étant moins important, ne me sentirai-je pas plus libre ? Ai-je besoin de tous ces vêtements qui encombrent les armoires ? Est-ce que donner des objets dont je ne me sers plus ne me procurerait finalement pas autant de plaisir que l’acte d’acheter ?
Cette approche repose sur l’idée que moins nous avons de possessions et d’engagements superflus, plus nous avons d’espace – physique et mental – pour nous concentrer sur ce qui est vraiment important pour nous. Le minimalisme nous encourage à faire face à nos peurs et à nos angoisses directement, plutôt que de les masquer derrière une façade de possessions matérielles.
En réduisant le bruit visuel et mental dans notre environnement, le minimalisme peut nous aider à :
- Clarifier nos priorités : en nous débarrassant du superflu, nous pouvons mieux identifier ce qui compte vraiment pour nous.
- Réduire le stress : moins de possessions signifie moins de choses à gérer, à nettoyer, à réparer ou à remplacer.
- Augmenter notre concentration : un environnement épuré peut favoriser la concentration et la productivité.
- Développer la gratitude : en vivant avec moins, nous apprenons à apprécier davantage ce que nous avons.
- Gagner en liberté : moins de possessions peut signifier plus de flexibilité financière et de mobilité.
Cependant, il est important de comprendre que le minimalisme n’est pas simplement une question de se débarrasser de ses affaires. C’est une philosophie plus profonde qui nous invite à repenser notre relation à la consommation, à nos possessions et à nous-mêmes.
Les dangers du minimalisme
Le minimalisme, ne doit pas être non plus une doctrine, dans le sens où il dicterait notre vie tel un mode d’emploi défini pour accéder au bonheur. Il demande une vraie réflexion. Doit-on se séparer de nos souvenirs, pour la seule raison qu’ils deviendraient encombrants ? Il ne s’agit pas de se cacher derrière cette philosophie, mais au contraire de réfléchir pleinement au sens des choses, des raisons pour lesquelles nous agissons. Qu’est-ce qui nous pousse à nous lever le matin ? Qu’est-ce qui fait battre notre cœur, nous pousse à nous surpasser ? Le minimalisme n’est pas une fin en soi, car vider sa maison entièrement n’apportera pas plus de réponses aux questions profondes qui nous taraudent. Cela laissera seulement d’avantage d’espace pour tenter d’y répondre.

Un sevrage qui doit se faire en douceur
L’adoption du minimalisme, surtout pour ceux qui ont longtemps utilisé les possessions matérielles comme source de réconfort face à l’angoisse, doit être vue comme un processus de sevrage. Comme pour toute forme de dépendance, ce sevrage doit se faire progressivement et avec bienveillance envers soi-même.
Voici quelques conseils pour aborder ce sevrage en douceur :
- Commencez petit : Ne vous lancez pas dans un débarras massif dès le début. Commencez par une petite zone de votre maison ou une catégorie d’objets spécifique. Par exemple, vous pourriez commencer par trier vos vêtements ou votre bibliothèque.
- Fixez-vous des objectifs réalistes : Ne vous attendez pas à transformer votre vie du jour au lendemain. Fixez-vous des objectifs réalistes et progressifs. Par exemple, vous pourriez viser à vous débarrasser de 10 objets par semaine.
- Pratiquez la gratitude : Avant de vous séparer d’un objet, prenez le temps de le remercier pour le service qu’il vous a rendu. Cette pratique, inspirée de la méthode KonMari, peut aider à réduire l’anxiété liée au fait de se séparer de ses possessions.
- Créez des rituels de transition : Pour remplacer le réconfort que vous procuraient vos objets, créez de nouveaux rituels qui vous apaisent. Cela pourrait être une séance de méditation quotidienne, une promenade dans la nature, ou un moment de lecture.
- Gardez un journal : Notez vos pensées et vos sentiments tout au long du processus. Cela peut vous aider à identifier les moments difficiles et à voir vos progrès au fil du temps.
- Soyez patient avec vous-même : Il est normal de ressentir de l’anxiété ou de la résistance au changement. Ne vous jugez pas durement si vous avez des moments de doute ou de recul.
- Cherchez du soutien : Partagez votre démarche avec des amis ou rejoignez des groupes en ligne de personnes qui suivent le même chemin. Le soutien social peut être très précieux dans ce processus.
- Faites des pauses : Si vous sentez que le processus devient trop stressant, n’hésitez pas à faire une pause. Le minimalisme est un voyage, pas une course.
- Réfléchissez à vos motivations : Gardez à l’esprit les raisons pour lesquelles vous avez choisi cette voie. Qu’espérez-vous gagner en adoptant un mode de vie plus minimaliste ?
- Célébrez vos progrès : Prenez le temps de reconnaître et de célébrer chaque petit pas en avant. Cela peut être aussi simple que de prendre une photo de votre espace nouvellement organisé.
En abordant le minimalisme comme un processus graduel plutôt que comme un changement radical, vous donnez à votre esprit et à vos émotions le temps de s’adapter. Cela peut grandement réduire l’anxiété associée au changement et augmenter vos chances de succès à long terme.

Remplir son espace intérieur
Se débarrasser du matériel permet d’avoir l’esprit plus clair, comme soulagé de tout le poids de nos possessions. Je crois qu’il faut entamer en parallèle un travail sur soi, que ce soit en groupe ou en thérapie individuelle, pour apprendre à apprivoiser son espace intérieur. Il est temps de se redécouvrir, d’apprendre à véritablement s’aimer, pour ce que l’on est, sans avoir besoin du regard de l’autre. C’est un chemin vers soi-même qui peut passer par une approche artistique par exemple, ou par l’écriture. Tenir un journal peut être une bonne idée pour noter les réflexions naissantes ou les états émotionnels que l’on traverse. La médiation en pleine conscience est un excellent moyen de se découvrir, dans son silence intérieur, afin de se reconnecter à la pureté de son âme, loin du tumulte de la société. Une parenthèse en pleine nature permet de se reconnecter à ses sensations primaires, d’apprécier des choses aussi basiques que le souffle du vent sur son visage par exemple, ou la beauté d’un panorama au moment du coucher du soleil.
Trouver un autre sens à la vie
L’un des aspects les plus profonds du minimalisme est qu’il nous pousse à réévaluer ce qui donne vraiment du sens à notre vie. En nous libérant de l’attachement excessif aux possessions matérielles et aux distractions superficielles, nous nous ouvrons à la possibilité de découvrir ou de redécouvrir ce qui compte vraiment pour nous.
Voici quelques pistes pour trouver un nouveau sens à la vie à travers le minimalisme :
- Définissez vos valeurs : Prenez le temps de réfléchir à ce qui est vraiment important pour vous. Quelles sont les valeurs qui guident votre vie ? Comment pouvez-vous les honorer davantage dans votre quotidien ?
- Fixez-vous des objectifs alignés avec vos valeurs : Au lieu de poursuivre des objectifs basés sur les attentes de la société ou le désir d’accumulation, fixez-vous des objectifs qui reflètent vos valeurs personnelles.
- Cultivez des expériences plutôt que des possessions : Investissez votre temps et vos ressources dans des expériences enrichissantes plutôt que dans l’achat de nouveaux objets.
- Développez votre curiosité : Adoptez une attitude d’apprentissage tout au long de la vie. La curiosité peut être une source inépuisable de sens et de satisfaction.
- Contribuez à quelque chose de plus grand que vous : Que ce soit à travers votre travail, du bénévolat ou des projets personnels, cherchez des moyens de contribuer positivement au monde qui vous entoure.
- Cultivez l’authenticité : Le minimalisme peut vous aider à vous libérer des pressions sociales et à vivre de manière plus authentique, en accord avec qui vous êtes vraiment.
- Pratiquez la présence : Apprenez à apprécier pleinement le moment présent, plutôt que de toujours courir après le prochain objectif ou la prochaine acquisition.
- Redéfinissez le succès : Au lieu de mesurer le succès en termes de richesse matérielle ou de statut social, définissez-le en termes de bonheur, de relations significatives et d’impact positif sur le monde.
- Embrassez l’incertitude : Acceptez que la vie est imprévisible et que c’est ce qui la rend excitante. Plutôt que de chercher la sécurité dans les possessions matérielles, trouvez-la dans votre capacité à vous adapter et à grandir.
- Cultivez la gratitude : Pratiquez régulièrement la gratitude pour ce que vous avez déjà, plutôt que de vous concentrer sur ce qui vous manque.
Conclusion
Le minimalisme peut être une bonne solution pour répondre aux angoisses, pourvu qu’il soit pris uniquement pour ce qu’il est. C’est-à-dire une vision de voir le monde de façon plus simple, épurée des contraintes matérielles. Il permet, si on l’utilise avec discernement, de réduire notre charge mentale en nous débarrassant de ce qui ne nous convient plus, tout en permettant une véritable réflexion et prise de conscience sur ce qui est susceptible de nous rendre heureux. Comme toute méthode, ou philosophie, l’approche soit se faire en douceur, à votre rythme, de façon à ne pas créer de nouvelles angoisses ! En embrassant la philosophie minimaliste, nous pouvons non seulement réduire notre angoisse, mais aussi ouvrir la voie à une vie plus riche, plus significative et plus épanouissante.